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Hypnose et rééducation de la main
Par Maud-Roxanne DELATTRE
QUELS BÉNÉFICES EN POST-OPÉRATOIRE ?
Quand l’hypnose vient en appui de la kinésithérapie dans le cas d’une rééducation de la main après chirurgie.
Exemple avec une séance qui allie travail sur la respiration, sur les sensations, suggestion d’un gant anesthésiant, gestion de la douleur…
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Exemple avec une séance qui allie travail sur la respiration, sur les sensations, suggestion d’un gant anesthésiant, gestion de la douleur…
En tant que kinésithérapeute spécialisée dans la rééducation de la main, je me retrouve confrontée en post-opératoire à des biais rééducatifs cognitifs, comportementaux et/ou psychologiques, qui viennent entraver la récupération des patients : la kinésiophobie, le catastrophisme, l’anxiété/dépression et la gestion de la douleur. Dès lors, mon raisonnement s’est posé ainsi : l’hypnose présente-t-elle un intérêt comme prise en charge complémentaire pour les patients suivis en kinésithérapie ?
Dans le cadre de l’utilisation conjointe de la kinésithérapie et de l’hypnose, nous pouvons citer notre confrère Théo Chaumeil, qui a effectué en 2018 une revue de la littérature des études pour lesquelles, je cite : « L’hypnose a montré un intérêt antalgique dans la prise en charge de la douleur aussi bien aiguë que chronique. Plusieurs études ayant montré des résultats intéressants ont été réalisées dans le cadre de pathologies prises en charge par les masseurs-kinésithérapeutes comme la lombalgie chronique, les céphalées, les douleurs arthrosiques, temporo-mandibulaires, la sclérose en plaques ou encore la fibromyalgie. » Mais qu’en est-il des effets de l’hypnose dans le domaine spécifique de la rééducation de la main en post-opératoire ?
De décembre 2023 à avril 2024, j’ai réalisé des séances d’hypnose formelle au cabinet en plus de la prise en charge rééducative et des conseils d’autohypnose. Ces patients ont rempli des échelles et questionnaires validés scientifiquement, avant et après les séances d’hypnose, selon une démarche d’« evidence based practice ».
SÉANCE D’HYPNOSE FORMELLE
Voici un exemple de séance d’hypnose formelle réalisée en post-opératoire d’une chirurgie prothétique du pouce auprès d’une patiente suivie au cabinet de kinésithérapie lors de sa rééducation...
* Thérapeute : « Je vous propose de vous caler sur la respiration... Tranquillement, on va inspirer... OK, super... et souffler... Vous allez sûrement sentir le ventre qui se gonfle... et se dégonfle... au rythme de votre respiration... tranquillement... Vous pouvez si vous le souhaitez (j’adapte mes suggestions à ce que j’observe chez ma patiente) fixer un point au plafond... Ou fermer les yeux... Vous faites à votre rythme... Et comme vous êtes bien... Le plus important étant d’être bien... de prendre du temps pour soi... pour retrouver du calme... de la détente... et surtout d’améliorer le confort de cette main... Cette main sur laquelle on va travailler tout à l’heure... Et sur laquelle, aussi, si vous souhaitez, vous pouvez focaliser votre attention... Ressentir toutes les sensations qu’il y a ressentir pour le moment... La température... les sensations à l’intérieur de la main... Est-ce que c’est fluide, ça bouge bien ?... Est-ce qu’au contraire vous sentez comme si c’était serré comme si c’était un étau ?... Si elle est chaude ?... Si elle est froide ?... Vous focalisez sur ce que vous sentez, là... actuellement... Et au rythme de votre respiration... et des sensations de la main... tranquillement... Vous pouvez continuer à fixer votre point... Très bien... Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, nous allons travailler sur la sensation... La sensation modifiée au niveau de la main... Et comme si on allait enfiler un gant... un gant anesthésiant... On va essayer de travailler sur la modification de cette sensibilité... Et vous allez déjà pouvoir imaginer ce gant... De quelle texture il est... de quelle couleur il est... On va l’enfiler tranquillement, en commençant par le pouce (j’accompagne la description par une pression glissée sur la face dorsale de chaque doigt cité)... Voilà... Et petit à petit, les sensations vont se modifier dans toute la main... Parce que c’est un gant qu’on enfile doigt par doigt... tranquillement... Sur l’index... sur le majeur... sur l’annulaire... et sur le petit doigt... et à l’intérieur de la main... progressivement... Doucement, les sensations changent... Et ça peut être tout léger... subtil... Ou au contraire, vous pouvez le sentir davantage... Il peut y avoir un peu de fraîcheur de la crème... Et c’est comme si c’était une crème anesthésiante... Une crème qui continue à endormir au niveau de la main... et vous fait ressentir la main de plus en plus confortable... Et c’est à vous de voir, si la sensation que vous avez est suffisante pour que vous sentiez cette main protégée... Confortable et insensible... Ou si vous voulez encore ajouter un peu plus de protection... Peut-être pouvez-vous imaginer que vous rajoutez des bandages... Une armure... Ce que vous voulez... Pour que petit à petit cette main soit protégée... Tranquillement... Les sensations sont de plus en plus confortables... Peut-être est-ce toujours aussi subtil... Ou au contraire, les sensations changent encore... Très très bien (je continue à masser la main de la patiente)... Et on prend le temps de laisser cette sensation se diffuser... Petit à petit... Dans toute la main... Un peu comme si la crème avait des vertus magiques... Des vertus apaisantes... Et au-delà de la peau, comme si cela pouvait aller en profondeur... Au niveau des muscles... Au niveau des articulations... Et tout relâcher... C’est très bien... Vous pouvez juste profiter de la sensation agréable de la main... De son relâchement... De son confort... Juste laisser aller... C’est très bien... Lorsque vous le souhaiterez dans la journée... vous pourrez juste masser la main ou la mettre dans le chaud... Pour retrouver cette sensation de protection... de relâchement... Cette sensation de main confortable... C’est très bien... Et petit à petit je vous laisse imaginer... que vous allez retirer ces protections que vous avez mis sur les doigts... Retirer ce gant... Et le ranger à un endroit... A un endroit dans lequel vous allez pouvoir le récupérer facilement... Un endroit où dès que vous en aurez besoin, vous pourrez remettre ce gant magique pour protéger votre main... Très bien... Et petit à petit je vous invite à ressentir à nouveau les sensations dans la main... Dans la main telle qu’elle est maintenant... Maintenant que vous avez enlevé le gant... vous vous réappropriez doucement chacun de vos doigts... la sensation dans la main... Très très bien... Et doucement, à votre rythme, revenir ici, tranquillement, dans cette pièce... Vous allez pouvoir bouger doucement la main... »
ANALYSE DES IMPACTS
Détaillons à présent les effets des séances d’hypnose réalisées en rééducation de la main post-opératoire sur les différents items étudiés.
• Impact de l’hypnose sur la kinésiophobie
Décrite pour la première fois en 1990 par Kori et coll., la kinésiophobie est alors décrite comme « une peur excessive, irrationnelle et débilitante des mouvements et des activités physiques résultant d’un sentiment de vulnérabilité à une blessure douloureuse ou à une nouvelle blessure » (1). Après les séances d’hypnose, j’ai pu noter une diminution de la focalisation des patients sur leur zone opérée ainsi qu’une diminution de la tendance à l’évitement des activités sur l’échelle validée de Tampa.
• Impact de l’hypnose sur le catastrophisme
Selon Sullivan et coll. (2), en 1995, le catastrophisme se définit comme un biais cognitif induisant un fonctionnement de la pensée du patient autour de trois axes qui vont majorer les répercussions douloureuses : un sentiment d’impuissance face à la douleur, une rumination de cet état douloureux, une focalisation sur les sensations douloureuses.
Ces deux biais, comportementaux pour la kinésiophobie et cognitif pour le catastrophisme, conduisent le patient à une attitude qui le fait entrer dans un cercle vicieux de peur-évitement (3). En post-tests, les patients ont un score de catastrophisme plus faible et une diminution du sentiment d’impuissance face à la douleur sur l’échelle PCS (« Pain catastrophing scale »).
• Impact de l’hypnose sur la douleur
Selon la dernière définition de l’IASP en 2020 (4), la douleur est une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable associée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle, ou décrite en termes de cette lésion. Après les séances d’hypnose, je remarque que les patients ont une cotation de score de douleur à l’échelle numérique quasi nulle. Cela va même au-delà des résultats présentés par Miyuki Mizutani lors du World Congress of Pain en 2018, à savoir que 71 % des patients ayant accepté de faire des séances d’hypnose ont obtenu un effet antalgique pendant la séance, et que sur ces patients ayant obtenu une analgésie en séance, 65 % d’entre eux ont gardé des effets après la séance.
• Impact de l’hypnose sur l’anxiété et la dépression
Selon le DSM-5 (5), l’anxiété peut se définir comme « l’anticipation d’une menace future » et les troubles dépressifs comme « la présence d’une humeur triste, vide ou irritable, accompagnée de modifications somatiques et cognitives qui perturbent significativement les capacités de fonctionnement de l’individu ».
Les patients remplissent l’échelle HAD, il en ressort une diminution après séance d’hypnose du score moyen ainsi que de l’item dépression.
DISCUSSION
Le retour des patients concernant l’analgésie pendant la séance et dans les suites immédiates de celle-ci a été très impressionnant.
L’hypnose semble donc avoir un rôle sur la modification du biais cognitif de focalisation somatique et du schéma comportemental d’évitement de l’activité physique. De plus, celle-ci redonne au patient un sentiment de contrôle face à la gestion de sa douleur. Il est également intéressant de noter que la nuit suivant la séance d’hypnose, tous les patients m’ont relaté une amélioration de la qualité de leur sommeil, un endormissement rapide et une absence de douleur nocturne. Cela va dans le sens de la revue systématique publiée en 2018 par Chamine et coll., qui retrouvent une amélioration du sommeil par l’hypnose dans 58,3 % des études.
J’ai également l’anecdote d’une patiente très anxieuse pour laquelle nous avons travaillé le lieu sécure, qui me dit en suivant de la séance d’hypnose vouloir reprendre l’aquagym. Je n’établis pas le lien entre la reprise d’une activité physique et son anxiété, jusqu’au moment où elle m’explique qu’elle avait renoncé aux activités de groupe à cause du regard des autres, mais aussi son propre regard sur son corps suite à une prise de poids importante avec un traitement de cortisone.
Pour moi, nous n’avions absolument pas travaillé ceci en séance, mais c’est la manière dont elle s’est approprié le lieu sécure : une acceptation bienveillante de son corps et une capacité à pouvoir l’exposer au regard des autres sans peur du jugement. C’est un aspect que je trouve fascinant avec l’hypnose, on ne sait pas par avance ce que le patient va prendre de la séance et quels aspects bénéfiques il va en retirer.
CONCLUSION
Lorsque la rééducation en kinésithérapie fait suite à une chirurgie de la main, cela soulève régulièrement pour le patient beaucoup de questionnement et d’inquiétude : comment se fait-il que l’on commence les mobilisations de manière aussi précoce après son opération ? Va-t-il récupérer la fonction de la main ? Bouger sans avoir mal ? Cela peut être une source de stress où se mêlent appréhension du mouvement, exacerbation des biais cognitifs, émotionnels et comportementaux.
Mon questionnement était de savoir si l’hypnose pouvait être un adjuvant efficace à la prise en charge rééducative des patients en suivi post-opératoire d’une chirurgie de la main.
Ce travail, bien que réalisé sur un trop petit échantillon pour être significatif, a pu mettre en lumière des effets très intéressants dès la fin de la séance sur l’antalgie, l’anxiété, le catastrophisme et la kinésiophobie. L’hypnose permet au kinésithérapeute d’améliorer la qualité de la relation thérapeutique et apporte au patient un accompagnement personnalisé qui va lui permettre d’utiliser cette ressource supplémentaire dans sa récupération fonctionnelle.
Les bénéfices immédiats de l’hypnose en rééducation de la main sont également nombreux : meilleur adhésion au protocole de soins, personnalisation de la prise en charge et diminution de la douleur.
A plus long terme, les séances d’hypnose médicale pourraient être intéressantes à proposer dans le cadre d’une prévention des risques de chronicisation de la douleur en rééducation post-opératoire d’une chirurgie de la main.
Maud-Roxane Delatte - Kinésithérapeute libérale depuis 2007, exerce en cabinet à Mont-de-Marsan (Landes) où elle partage son activité entre la rééducation de la main et l’accompagnement des douleurs en hypnose. DIU Rééducation
et appareillage en chirurgie de la main (université de Grenoble), DU Douleur et DIU d’Hypnose médicale, clinique et thérapeutique (université de Bordeaux).
maudroxane@hotmail.com
BIBLIOGRAPHIE
1. Kori S.H., Miller R.P., Todd D.D. (1990), « Kinesiophobia: A new view of chronic pain behavior », « Pain Management », 3, pp. 35-43. doi indisponible.
2. Sullivan M.J.L., Bishop S.R., Pivik J. (1995), « The Pain Catastrophizing Scale: Development and validation », « Psychological Assessment », 7 (4), pp. 524-532. doi.org/10.1037/1040-3590.7.4.524
3. Vlaeyen J.W.S., Kole-Snijders A.M.J., Boeren R.G.B., Van Eek H. (1995), « Fear of movement/(re) injury in chronic low back pain and its relation to behavioral performance », Pain, 62 (3). doi: 10.1016/0304-3959(94)00279-N
4. https://www.iasp-pain.org/publications/iasp-news/iasp-announces-revised-definition-of-pain
5. Crocq M.-A., Guelfi J.-D., (2015), « DSM-5 », 5e édition, Elsevier-Masson. L’intégralité de la bibliographie utilisée lors de la rédaction du mémoire peut être communiquée par l’auteure sur demande.
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