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Quel est le 1er souvenir qui vient ?
Dissoudre une problématique figée en s'appuyant sur un souvenir source
Par le Dr. Michel Lamarlère

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À propos

de l'auteur

Quel est le premier souvenir qui vient ? En TLMR, cette question permet de « suivre les patients là où ils nous conduisent ». Sorte de « voie rapide » pour les accompagner vers les res-sources capables d’éteindre leur « problème ». Illustration à travers sept cas cliniques...     

Au long de notre vie, notre équilibre psychologique se construit à partir d’expériences heureuses ou malheureuses, sécures ou traumatiques, étayées ou négligées, sur notre sentiment d’être soutenu ou abandonné. Nos événements de vie, par leur saillance ou par leur répétition, par le sens que nous leur donnons, vont installer de la confiance ou des fêlures, une liberté d’être ou un enfermement, des ressources ou une hypervigilance. Les vulnérabilités qui amènent les personnes en thérapie résultent du déséquilibre entre l’intensité vécue d’une blessure et la qualité des réponses que l’on a pu ou non y apporter et de la protection ou de l’isolement que l’on a ressenti.

Mais si la responsabilité d’un événement ou d’un contexte traumatique est parfois évidente, il est bien souvent difficile de remonter à la source de la problématique. L’enjeu pour le thérapeute est alors d’accompagner son patient à identifier un ou des événements de vie qui ont contribué à son installation, pour cela nous utilisons le questionnement. Voici un artifice de questionnement qui m’aide à accéder à ces événements de vie signifiants. Il sera illustré par diverses situations cliniques, dont certaines réservent la surprise de conduire non à un traumatisme mais à un souvenir ressource.

Fadela et son problème de figement
Fadela a 55 ans, elle passe bientôt l’oral d’un concours auquel elle accorde beaucoup d’importance autant pour sa carrière que pour sa propre estime. L’an dernier elle a échoué alors qu’elle était très bien placée à l’écrit : face aux examinateurs elle s’est sentie vide de toute pensée, de toute réaction, comme absente. Je lui propose de mettre en scène cette expérience, dont elle anticipe qu’elle va se reproduire à l’identique dans trois semaines. Comme chaque fois qu’elle est face à des personnes en posture d’autorité.
- Thérapeute : « Je vais vous proposer une drôle de chose. Ma main est ici, tournée vers vous. Je vais vous demander de regarder cette main et d’imaginer que c’est un écran...
Ses yeux fixent déjà la main.
- Th. : ... et je voudrais que vienne sur cet écran une image qui représente la situation que vous avez vécue il y a un an lors de cet oral. Qu’est-ce qui vient ?
- Fadela : Ils sont trois, assis là et moi en face, ils me regardent. Et moi je n’arrive pas à parler ni à penser... », dit-elle tandis que ses mains dessinent la scène.

Dès que l’image lui est venue, avant même de la décrire, une boule d’angoisse envahit mon ventre. Et paradoxalement Fadela me dit se sentir plutôt calme. Cette discordance entre ce qu’elle décrit comme une expérience difficile et son absence de réaction indique qu’elle s’est dissociée là, sur sa chaise, comme elle l’avait sans doute fait lors de son oral, quand elle s’est sentie vide de toute pensée. J’externalise la boule d’angoisse de mon ventre et de ma gorge (mes mains font le mouvement de les sortir de mon corps) et Fadela retrouve l’accès à ses émotions. Elle décrit une angoisse qui envahit toute sa poitrine.

Il est vraisemblable que le problème de figement dont elle a fait l’expérience lors de son oral est la résurgence de vécus bien antérieurs, d’autant qu’elle dit avoir toujours manqué d’assurance face à ses supérieurs hiérarchiques ou à des personnalités affirmées. Plutôt que de lui demander d’externaliser elle aussi ce qu’elle ressent dans son corps, je choisis de m’appuyer sur son envahisse-ment pour accéder à un événement ou un contexte de vie à l’origine de ces figements.
- Th. : « Je vais vous demander une drôle de chose. Quand il y a cette scène de votre examen, et que vous portez votre attention sur cette angoisse dans votre poitrine, observez : quel est le premier sou-venir qui émerge, là maintenant ? Et dites-moi d’abord de quelle époque de votre vie va venir le sou-venir dont nous avons besoin et qui n’est pas encore là. Le tout premier âge qui vous vient, même si vous ne voyez pas du tout le rapport. 
Aussitôt je demande à ses yeux de suivre le mouvement de mes doigts (MO pour mouvements ocu-laires) afin de déconnecter ses réflexions.
- Fadela : Neuf ans... Et elle me relate qu’elle a été violée à cet âge. Elle ne s’attarde pas sur l’événement lui-même, qui ne paraît pas la préoccuper. Par contre elle est visiblement très envahie en évoquant les conséquences : lorsqu’elle s’est plainte à sa mère de ce qu’elle avait subi, celle-ci lui a reproché d’être impure et de déshonorer la famille. Tout son entourage a su et elle a été méprisée des membres de sa famille autant que des voisins.
- Fadela : Dans le village, en Algérie, les gens détournaient le regard, comme si je n’existais pas... Et à la maison on me parlait à peine. » 
Après que nous ayons désactivé les effets de ce traumatisme qui avait profondément marqué son enfance, elle s’est montrée confiante et a jugé qu’elle n’avait pas besoin d’un second rendez-vous. Quelques semaines plus tard, elle m’apprenait son assurance face aux examinateurs et l’heureuse issue de son concours.

L’activation du processus de remémoration est facilitée par une crise émotionnelle. Visualiser la scène de son oral induit cet état chez Fadela, et grâce au confusionnement et aux mouvements ocu-laires, le souvenir émerge de lui-même, plutôt que d’être recherché et choisi en fonction de son adé-quation à sa plainte ou aux attentes qu’elle prête au thérapeute. Je précise volontiers, entre deux sé-quences de MO : « Le tout premier souvenir qui émerge, même si vous ne savez vraiment pas pour-quoi c’est celui-là qui vient, même si vous ne voyez pas de lien. »

Une situation fréquente est que le premier souvenir énoncé ne soit pas encore l’originel, mais une manifestation plus ancienne du problème. La personne veut apporter une « bonne réponse », pas la première qui lui traverse l’esprit, elle s’applique à ce que ce soit cohérent !

Anne sidérée quand cette tape sur l’épaule annonce son licenciement
Anne a 61 ans, elle est venue panser diverses plaies au cours des années passées. Elle vient d’apprendre son licenciement économique. Malgré le plan social en cours, elle croyait, étant la seule administrative de son département, que son emploi ne serait pas menacé pour le moment et qu’elle pourrait continuer ainsi jusqu’à sa retraite. Aussi s’est-elle sentie sidérée quand la DRH a tapoté son épaule pour la conduire avec quelques collègues dans la pièce où elle a annoncé les licenciements. La seule réaction qu’elle a pu avoir a été de prendre sa voiture et de fuir, hagarde, manquant de provo-quer un accident sur le parking.

Cette tape sur l’épaule condense l’événement et je lui demande de faire venir ce geste sur l’écran. Aussitôt elle est envahie par une grande émotion. Son intensité autant que la sidération qu’elle avait décrite paraissent excessives pour un événement qu’elle avait déjà anticipé, à plus ou moins long terme.
- Th. : « Je voudrais vous demander quelque chose d’inhabituel, vous êtes d'accord ? Je voudrais que vos yeux se ferment un instant pour que vienne la réponse à une drôle de question. Très bien, j’ai besoin que vienne un souvenir et je me demande de quel âge de votre vie va venir ce souvenir qui n’est pas encore là.
- Anne : Mmm... 20 ans.
- Th. : Très bien, ici devant nous il y a Anne, elle a 20 ans. Qu’est-ce qu’elle est en train de vivre là tandis qu’elle a 20 ans ?
- Anne : C’est quand mon ami de l’époque m’a quittée pour une autre femme... 
De nouveau elle est saisie d’une intense émotion. Cet événement paraît être une répétition de la tra-hison qu’elle vit aujourd’hui de la part de sa DRH.
- Th. : Très bien, tandis que vous ressentez cette émotion, vos yeux peuvent se fermer de nouveau et je voudrais que vienne un autre souvenir, et de la même façon je me demande de quel âge va venir ce souvenir qui n’est pas encore là... Le tout premier âge qui se présente à votre esprit.
- Anne : C’est quand je suis née, dit-elle après un moment. Et elle me décrit son père, dépité que son premier enfant ne soit pas un garçon, partant à la chasse en laissant seule sa mère qui se lamente et pleure...
La représentation qu’elle s’est construite de sa venue au monde, si elle n’a pas valeur de vérité, a des effets bien réels qui la font éclater en sanglots. Après traitement de cette scène, nous revenons à sa situation professionnelle : elle se voit affronter avec assurance sa DRH et la directrice pour leur dire ce qu’elle pense de leur lâcheté.

Nadine et sa famille qui la « dézingue »
Lors de notre troisième rencontre, Nadine, 50 ans, déclare : « Je vais beaucoup mieux dans l’ensemble. Par contre, une fois de plus, dès que je vois ma famille elle me dézingue. C’est comme ça depuis que je suis toute petite. »
Elle me relate comment elle est injustement accusée par sa sœur d’être responsable de la violente colère de son neveu de 16 ans, au cours d’un repas de famille. Je demande à Nadine de laisser venir sur l’écran une image qui représente cet événement qui la « dézingue ». Elle me décrit l’attitude agressive et le regard noir de sa sœur. Face à cette image, je la vois se tasser sur sa chaise et se tasser plus encore quand ma main-écran s’approche.
- Th. : « Voilà, tandis qu’il y a cette image sur l’écran et que vous vous sentez mal à l’aise dans votre corps, quel est le premier souvenir qui vient, là maintenant, dans cet espace entre nous ? Le tout premier souvenir qui vient, peut-être d’une époque lointaine de votre vie ? (MO). 
Nadine est collégienne, elle fait ses devoirs à la table de la cuisine. Sa petite sœur joue derrière elle, à tirailler ses cheveux jusqu’à, une fois de plus, la mettre à bout. Excédée, elle se lève et la poursuit autour de la table, un couteau à la main. Son père survient et, sans chercher l’origine de la dispute, il administre une correction mémorable à Nadine. Cette scène paraît plutôt illustrer les interactions dans le système familial qu’être la raison pour laquelle elle ne s’y sent pas à sa place. Je demande à Nadine de mettre cette nouvelle scène sur l’écran et ma main la pousse vers elle.
- Th. : Observez, de nouveau, le premier souvenir qui vient, là maintenant, devant nous (MO). 
L’envahissement devient beaucoup plus intense, son corps se tasse encore sur la chaise.
- Nadine : Ma mère, me reprochant qu’à cause de moi elle a été obligée de se marier avec mon père... Chaque dispute du couple était une occasion de lui rappeler que « par sa faute », elle avait gâché sa vie... Cette fois le registre est différent, cet événement de vie n’est pas une manifestation de plus de la place de Nadine dans sa famille mais peut bien être le grief originel.

Raymond miné, figé et sans réaction 
Raymond, 70 ans, vient à la demande de sa compagne Inès, agacée par sa jalousie. Il a été marié pendant vingt-cinq ans à une femme très volage dont il a fini par divorcer. Après des années de céli-bat, il a depuis deux ans une liaison avec Inès. Il se trouve qu’à plusieurs reprises, celle-ci a eu ouver-tement, devant lui, des comportements de séduction envers des hommes : échanges verbaux ambi-gus, poses, mouvements suggestifs... Raymond en est miné mais il ne parvient pas à réagir, il vou-drait fuir mais ne parvient pas à le faire. Après une séquence d’acceptations... 
- Th. : ... Et je vais vous demander de regarder cette main, devant vous, comme si c’était un écran. Et je voudrais que vienne sur cet écran l’une des scènes que vous m’avez décrites, la première qui vient. Très bien (MO). Comment ça réagit dans le corps ?
Raymond est manifestement très rigide, peu ouvert aux sensations de son corps. Sa respiration est un peu hachée et il a quelques signes d’agitation sur sa chaise.
- Th. : Très bien, tandis qu’il y a cette scène et tandis que votre corps ressent ce qu’il ressent, obser-vez le premier souvenir qui vient, là maintenant dans cet espace devant nous. Je ne sais pas de quel moment de votre vie il va émerger. Malgré plusieurs séquences de MO soutenus, rien ne vient.
- Th. : Je vais encore vous demander une drôle de chose. Quel est l’âge de Raymond dans ce souve-nir qui va venir et qui n’est pas encore là ? Après une courte hésitation vient...
- Raymond : ... 34 ans...
- Th. : Très bien, 34 ans. Observez le souvenir qui vient, là maintenant, quand Raymond a 34 ans... (MO de nouveau). 
Il me raconte comment, alerté par un collègue de travail, il est revenu chez lui à l’improviste pour trouver sa femme au lit avec un homme. Il est resté figé devant la scène.
- Th. : Très bien, je remets un écran devant vous et je voudrais que vienne cette scène : Raymond est là, figé, et ici sa femme, au lit avec un homme. Comment ça réagit dans le corps ? 
Ma main « spacialise » la scène dans l’espace entre nous. De nouveau il s’agite un peu sur sa chaise. Nouvelle induction... 
- Th. : Très très bien... Tandis que cette scène est là, devant vous, et que votre corps ressent ce qu’il ressent, quel est le premier souvenir qui va venir là devant nous. Je voudrais d’abord que vous me disiez : quel âge a Raymond dans ce souvenir, qui va venir et qui n’est pas encore là. Le premier âge qui vient à votre esprit (MO à plusieurs reprises). Il prononce : 
- Raymond : 10 ans...
- Th. : Très bien, Raymond à 10 ans. Observez sur l’écran quel est le souvenir qui vient, là mainte-nant, alors que Raymond a 10 ans ? (MO soutenus de nouveau).
Il se promenait dans le village avec sa sœur de 12 ans et ses deux petits frères, lorsque celle-ci est entrée dans une maison après avoir ordonné à ses frères d’attendre dehors. Raymond a fini par s’approcher d’une fenêtre pour voir sa sœur dans les bras d’un homme... Il a battu en retraite pour attendre avec ses frères, en silence, figé.

Cet événement pénible a sans doute joué un rôle important dans les réactions d’inhibition ultérieures de Raymond et il est vraisemblable que le figement dont il fait l’expérience quand sa première femme le trompe ou quand sa compagne flirte ouvertement devant lui est une réactivation de sa si-dération à 10 ans. Après traitement de cette scène, il se sent très libéré. Je remets un écran devant lui avec l’une des scènes relatées en début de séance : il se voit maintenant prendre fermement Inès par la main pour l’entraîner dehors.

Ces quelques vignettes cliniques montrent comment la question : quel est le premier souvenir qui vient ?... est une façon de remonter à un événement ayant conditionné les troubles qui affectent les patients. Il s’agit d’abord de provoquer une activation émotionnelle en s’appuyant sur une situation représentative du problème : Inès flirtant avec le barman sous les yeux de Raymond, Fadela face à ses examinateurs, Clémence sur un pont... Puis de focaliser la personne sur les effets de la situation mise en scène sur l’écran. Le niveau de perturbation doit être suffisamment important, au moins 5 à 6/10. On peut le majorer si nécessaire en rapprochant la main-écran de la personne. Au contraire, un envahissement trop marqué, supérieur à 7/10, peut bloquer le processus en provoquant une dissocia-tion traumatique. Il convient alors de l’alléger en éloignant l’écran ou en demandant à la personne un recadrage plus serré de l’image.

Lorsque le contexte d’un événement traumatique du passé est accordé à la problématique actuelle de la personne, elle n’a généralement aucune difficulté à faire le lien et à l’indiquer au thérapeute. Le souvenir qui nous intéresse, quand il n’y a pas d’orientation évidente, va émerger à partir d’une simi-litude d’émotions et il doit s’imposer de lui-même. L’état hypnotique est nécessaire en ce qu'il con-necte la personne aux ressources de son inconscient. Les moyens à mettre en œuvre pour cela vont de la simple séquence d’acceptations, pour des patients accédant facilement à leur ressenti corporel, à des outils plus élaborés tels que sursaturation, confusionnement, présuppositions. Les mouvements oculaires amples, rapides et soutenus, dès que la question est posée, ont pour fonction d’entraver le cheminement intellectuel réflexe, en répétant les séquences autant que nécessaire. Une façon effi-cace de confusionner la personne par une présupposition utilisant la temporalité : « Je vais vous po-ser une drôle de question. Je voudrais que vous me disiez de quel âge de votre vie va émerger le sou-venir qui va venir et qui n’est pas encore là. Dites-moi, le tout premier âge qui vient à votre esprit, là, maintenant... »

Il est habituel que les souvenirs les plus utiles soient inattendus et surprennent la personne, de sorte qu’elle hésite à les énoncer. Ils se situent fréquemment dans l’enfance, mais ils peuvent également être plus tardifs ou même parfois transgénérationnels.

Mariane enfant et sa mère réfugiée dans son lit  
Mariane a 41 ans, son médecin s’étonne de manifestations gynécologiques bruyantes se répétant et s’inscrivant dans un contexte de sexualité compliquée. Elle évoque des événements qu’elle a déjà beaucoup explorés en psychanalyse. Elle me décrit comment, à l’époque du divorce de ses parents, elle avait 5 ans, sa mère venait se réfugier dans son lit lors de disputes avec son père. Et plus tard, vers ses 11 ans, comment sa mère, quand elle se disputait avec son second mari, se réfugiait aussi dans sa chambre. Son beau-père finissait alors par venir et ils argumentaient sur leur sexualité, de-vant elle... Son récit s’accompagne d’une forte émotion et de larmes.

Je lui propose d’aborder le premier souvenir. L’image d’elle, 5 ans, dans son lit avec sa mère se ras-surant contre elle. L’envahissement est immédiat et intense, bien plus qu’elle n’avait anticipé. D’autant plus étonnant, me dit-elle, que son père n’a jamais eu de comportements violents et que le divorce et ses suites ont été tranquilles. Cette dissonance m’amène à suspecter que l’insécurité qui pousse sa mère à chercher de la protection dans le lit de sa fille est liée chez elle à un psychotrauma-tisme.
- Th. : « Je ne sais pas quel souvenir va venir là maintenant, peut-être un souvenir avant vos 5 ans, peut-être même un souvenir très antérieur, qui ne vous appartient pas. Peut-être un souvenir qui ap-partient à votre mère ou à quelqu’un d’autre... » (MO soutenus). 
Lui revient un récit de sa grand-mère. Alors qu’elle avait 15 ans durant la guerre, son père la pressait de se cacher dans sa chambre, à l’étage, dès qu’on frappait à la porte, de peur que ce soient des sol-dats. Mariane réalise que les jugements négatifs de sa mère sur les hommes et sur la sexualité ont été fortement impactés par le vécu de sa propre mère et qu’elle en a hérité, avec les conséquences psy-chologiques et somatiques qui l’ont conduite ici.

Si le plus souvent la question du premier souvenir fait émerger un événement « problème », il arrive parfois qu’émerge un souvenir ressource. Il semble, logiquement, que ce soit plus souvent le cas chez des personnes ayant une structure d’attachement sécure.

Angélique bloquée par l’anxiété de croiser ses collègues
Angélique a 43 ans, elle est en arrêt de travail depuis près d’un an par suite des comportements vé-cus comme injustes et rabaissants de la part de ses collègues. Elle s’impliquait avec éthique dans son métier de travailleur social jusqu’à ce qu’une nouvelle collègue, à qui elle a appris le métier, com-mence à la pousser pour prendre de la place auprès de la hiérarchie. Elle médit dans le dos des autres et d’elle en particulier et entraîne le reste de l’équipe dans ces comportements.
Angélique suit une psychothérapie depuis son arrêt de travail mais elle n’arrive pas à débloquer une anxiété qui la confine chez elle par peur de croiser ses collègues dans la rue. Justement, des amies la pressent actuellement pour une sortie au restaurant. Elle a exigé que ce soit dans un lieu suffisam-ment éloigné de chez elle pour ne pas risquer de rencontrer ses collègues, mais même ainsi elle hésite. Induction sur un écran... 
- Th. : « ... Et je voudrais que vienne sur cet écran le restaurant, Angélique assise avec ses amies. Et soudain arrivent les “quatre garces” là, devant votre table.
Aussitôt elle manifeste de l’agitation, porte sa main à son ventre.
- Th. : Très bien, tandis que vous êtes à cette table et qu’elles sont là, devant vous, et que ça vous prend au ventre, je voudrais que vienne un souvenir du passé, je ne sais pas de quel moment de votre vie. Le tout premier qui vient, même si vous ne voyez pas pourquoi c’est ça qui vient (MO soutenus).
- Angélique : ...
- Th. : Quel est l'âge d’Angélique au moment du souvenir qui va venir et qui n’est pas encore là. Ce qui vous vient en premier ? (MO soutenus de nouveau).
- Angélique : ... 27 ans...
- Th. : 27 ans, vous êtes où, avec qui ?...
- Angélique : Avec mon fils, à la kermesse, c’était un bon moment, avec des amies...
- Th. : Très bien, je voudrais que cette scène soit maintenant sur l’écran. Comment ça réagit quand la scène s’approche ?
- Angélique : Ça fait chaud, dit-elle tandis que sa main indique son buste d’un mouvement circu-laire.
- Th. : Ma main voudrait poser cette belle scène dans l’une de vos mains... »
Sa main gauche se manifeste et elle va internaliser cette ressource en se posant sur son épaule oppo-sée. Vient une longue transe de réassociation...

Lorsque ses yeux se rouvrent et que sa main quitte son épaule, je lui propose de remettre sur l’écran la scène du restaurant. Elle est étonnée de sentir une perturbation très diminuée. Et encore plus étonnée de constater qu’elle en est totalement libérée au moment où sa main revient sur l’épaule. Pour finir, je l’ai confrontée au moyen de l’écran à chacune des « quatre garces », qu’elle a pu re-garder en face et sans baisser les yeux.

Melina meurtrie par une fausse-couche
Melina, 27 ans, reste très impactée par une fausse-couche survenue dix mois auparavant, dans un contexte de mauvaise acceptation par son compagnon de la perspective d’être père. Celui-ci a d’ailleurs rompu la relation au décours de cette fausse-couche. L’image représentant cet événement sur l’écran a un effet d’envahissement, sur lequel je la focalise. Et le premier souvenir qui vient est un Noël : elle a 6 ans et chacun ouvre ses cadeaux. Cette image très apaisante la reconnecte au con-texte d’attachement sécure de son enfance. Elle est internalisée par sa main qui se pose sur son cœur, je lui laisse le temps de vivre pleinement cette expérience. Lorsque sa main se détache de sa poitrine, je replace l’écran avec l’image qui représente cette fausse-couche. Elle la regarde maintenant comme un événement de vie parmi d’autres, sans que revienne l’envahissement émotionnel. Comme si l’accès à ce souvenir ressource lui avait permis de retrouver un sentiment de protection et d’être en lien, là où elle se sentait abandonnée par l’enfant à naître en même temps que par son compagnon.

Ces deux dernières vignettes illustrent l’importance en TLMR (1) (2) de suivre les personnes là où elles nous conduisent. Ici, elles s’orientent d’elles-mêmes vers leurs ressources et il suffit de les ac-compagner à y prendre appui pour que se dissolve une problématique figée depuis un an.

CONCLUSION
Qu’une difficulté de vie soit liée à un événement traumatique unique n’est sans doute pas la règle. Pour autant, tout se passe comme si la mise à plat d’un événement signifiant installait une matrice de relecture pour d’autres blessures appartenant au même registre. De sorte que la problématique trouve souvent sa dissolution à partir du seul souvenir traité. Le questionnement développé ici est, par sa nature hypnotique, une « voie rapide » pour accéder à un épisode de vie ayant contribué à l’installation du trouble, d’autant plus difficile à cibler que les méandres de causalité entre l’événement ancien et les problématiques actuelles sont souvent peu évidents.


NOTES
1. Bardot E., Bardot V., Roy S., « De l’HTSMA à la Thérapie du Lien et des Mondes Relationnels », Satas, 2022. 
2. Bardot V., Roy S., et al., « Illustrations cliniques et pratiques en Thérapie du Lien et des Mondes Relationnels », Satas, 2023.

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